Zoey Williams décrit son développement comme étant un modèle inspirant pour l'aviation canadienne.

Par Kendra Kincade

En tant que fondatrice d'une organisation ayant pour mandat de développer l'équilibre entre les sexes dans l'industrie de l'aviation par l'éducation et le mentorat, j'ai eu le privilège de rencontrer des femmes incroyables qui se frayent un chemin dans le leadership. Le mouvement Black Lives Matter, étant au centre de nos conversations aujourd'hui, il est important de comprendre que tout en faisant pression pour la diversité des sexes dans l'industrie aéronautique, nous devons également développer une voix pour défendre la diversité raciale.

Le manque de femmes de couleur dans le domaine de l'aviation n'a jamais été aussi évident pour moi que lorsque je cherchais à interviewer une femme pilote noire. J'ai appelé tous mes amis et mes contacts dans l'industrie. J'ai fait une recherche sur Google. Finalement, j'ai trouvé quelqu'un à qui je pouvais me présenter. Comment pouvais-je avoir à chercher si fort pour trouver une femme noire pilote dans l'aviation canadienne?

Bien - les recherches en valaient la peine car j'ai découvert un cadeau rare : Zoey Williams. Agée de 23 ans, Williams est une femme caribéenne canadienne, posée, intelligente, belle et - surtout - inspirante. Avec peu de modèles qui lui ressemblent, il n'est pas facile pour une femme de couleur de se frayer un chemin dans l'aviation. Or, comme son père lui a dit : "Tu as la responsabilité d'être un modèle pour d'autres jeunes filles comme toi. Garde la tête haute et encourage les autres à poursuivre leurs rêves".

L'un de mes buts étaient d'apprendre davantage et contribuer au changement systémique qui doit se produire. Donc, j'ai voulu consacrer cet espace afin de faire entendre les voix des femmes de couleur dans l'aviation et d'écouter ce que quelqu'un de la communauté noire en aviation avait à dire à ce sujet. Au début de l'année 2020, Mme Williams était ravie d'être engagée en tant que pilote sur le A321 par une compagnie aérienne, débutant ses efforts en vue d'obtenir sa qualification de type. Alors que la date de début de sa formation sur simulateur approchait, le programme de Williams a été interrompu par la pandémie COVID-19.

Votre parcours dans l'aviation a commencé comment?

Williams: Durant mon enfance, je me suis intéressé au domaine de l'aviation par l'intermédiaire de mon père et en vivant près d'une école de pilotage. Je voyais beaucoup d'avions voler au-dessus de notre maison. À un jeune âge devenir ingénieur m'intéressais et je ne me voyais pas faire un cheminement en aviation. Après quelques encouragements de mon père, nous sommes allés à l'aéroport et je suis montée dans un Cessna pour une leçon d'initiation au vol. Mon vol d'introduction s'est déroulé pendant une journée avec quelques turbulences. J'étais mal à l'aise et il n'y avait rien à quoi se tenir dans l'avion. Le fait d'être si haut m'a fait trembler les genoux et j'ai eu mal au ventre. Une fois que le moteur s'est arrêté et que nous sommes retournés au sol, je me suis dit : "Il n'y a pas moyen que je retourne là-haut. Tu peux oublier l'idée de devenir pilote !"

Je suis rentrée chez moi et j'ai essayé de repousser cette expérience au fond de mon esprit, mais je n'y suis pas parvenue. C'était la première fois que je ressentais, à l'adolescence, une peur paralysante, mais je savais que ce ne serait pas la dernière fois que la peur entrerait dans ma vie. J'ai donc dû prendre la décision de la fuir ou de l'affronter ; et je savais que cela donnerait le ton à la façon dont je gèrerais la peur à l'avenir. Grâce au mentorat et aux conseils de mon père, j'ai rassemblé la force nécessaire pour remonter dans un Cessna et je me suis promis que, quoi qu'il en coûte, je deviendrais pilote.

Depuis quand volez-vous?

J’ai débuté mes cours en pilotage en juin 2012 et j’ai commencé ma carrière en tant que pilote de ligne en 2017.

Saviez-vous que vous vouliez devenir pilote de ligne dès le début ou vous poursuiviez d'autres options?

Au début de ma carrière en tant que pilote, je ne connaissais que les possibilités d'emploi au niveau des compagnies aériennes. Cependant, pendant ma formation de pilote, j'ai obtenu une qualification de vol d'avions sur flottes et je suis tombée amoureuse de l'idée de travailler dans le secteur des hydravions. On m'a dit que j'étais trop petite pour trouver un emploi aussi exigeant physiquement, mais j'étais déterminée. J'ai postulée dans tout le Canada sur un marché concurrentiel et j'ai téléphoné à d'innombrables opérateurs de flotteurs, avec tous des refus.

Au cours de ma recherche d'un poste d'avion sur flottes, on m'a dit que dans ce secteur, il est important d'avoir quelqu'un qui se porte garant pour vous et que la recherche d'un emploi serait difficile sans cette personne. En continuant de postuler partout, j'ai continué mon parcours en aviation en obtenant une qualification d'instructrice de vol. J'ai commencé à enseigner le pilotage en continuant à bâtir ma carrière dans le nord de l'Ontario. Au fur et à mesure que j'établissais des relations et que je me forgeais une réputation en tant que travailleur acharnée, j'ai trouvé de plus en plus de possibilités. Certains exploitants m'ont demandé si j'envisageais de voler sur flotteurs. Cependant, à ce stade de ma carrière, je me suis recentrée sur mon but de devenir pilote de ligne.

Vous travaillez maintenant pour un transporteur international. Comment vous sentez-vous en complétant votre formation sur le Airbus?

Je suis incroyablement enthousiaste à l'idée d'avoir la possibilité de piloter l'Airbus. Après avoir reçu l'appel téléphonique concernant l'offre d'emploi, j'ai dû me rappeler que je ne rêvais pas. Bien que ma qualification de type soit en pause pour l'instant, je me réjouis à l'idée de retourner bientôt dans le poste de pilotage.

Le monde change sous nos yeux en 2020, d'abord avec COVID 19, et maintenant le mouvement Black Lives Matter est au premier plan.

Connaissez-vous le pourcentage de femmes pilotes noires au Canada?

Cette année a sans aucun doute remis en question la perception qu'ont de nombreuses personnes de notre monde dans lequel nous vivons. Le pourcentage de femmes noires dans l'aviation est un chiffre que je voulais connaître depuis un certain temps. Je n'ai pas eu la chance de trouver des données publiées sur cette population spécifique. Je ne peux que parler personnellement de mon expérience de pilote et j'ai rencontré une autre femme noire qui travaille au Canada. J'ai eu le plaisir de rencontrer d'autres femmes de couleur, qui s'intéressent à la formation de pilote ou qui ont commencé leur formation. J'ai hâte de partager le poste de pilotage avec elles à l'avenir.

Comment croyez-vous que nous pouvons accroître la diversité dans l'aviation?

Je pense que la diversité dans l'aviation peut être augmentée par la sensibilisation et l'engagement communautaire. Je rencontre souvent des jeunes filles qui m'ont dit : "Je ne savais pas que devenir pilote était une option". La représentation est importante et nous devons encourager les jeunes femmes et les groupes minoritaires... l'aviation est une option qui devrait être envisagée plus souvent, et une excellente option aussi!

Avez-vous été confrontée au racisme dans l'aviation ; et que peut-on faire pour faire un changement?

Oui, j'ai été victime du racisme dans l'aviation. D'abord, il est primordial de dénoncer le racisme et les préjugés lorsque nous les voyons ou les entendons. Lorsque vous entendez quelque chose d'inapproprié, Dénoncez-le, dites quelque chose et, dans le cas échéant, suivez la chaîne de signalements appropriés. Également, il faut encadrer les jeunes de tous les milieux et s'impliquer dans toutes les communautés. C'est en travaillant ensemble, en tant que groupe cohésif, que nous pourrons créer un changement.

Je veux que cet article soit un lieu de partage de votre voix. Quel message voulez-vous faire passer sur la diversité?

J'aimerais partager le fait que nous sommes tous plus forts lorsque nous nous soutenons et nous encourageons les uns et les autres. Le temps est venu de s'unir et de tendre la main. Cette année a été une occasion de se comprendre davantage et de continuer à évoluer ensemble. J'encourage vivement l'idée du mentorat et de la sensibilisation de la communauté pour encourager l'inclusion et la diversité sur toutes les plateformes.

Croyez-vous à l'importance du mentorat ? Quels conseils pouvez-vous donner aux filles ou aux jeunes femmes qui lisent cet article et qui envisagent - peut-être pour la première fois - de faire carrière dans l'aviation?

Je crois certainement à l'importance du mentorat. J'ai des mentors extraordinaires qui m'ont encouragé et guidé tout au long de ma carrière. Mes mentors ont eu un impact énorme sur ma vie ; et je ne pourrais pas imaginer ma carrière sans eux.

Le message que j'adresse aux jeunes femmes qui s'intéressent à l'aviation est que vous pouvez le faire et que vous devez croire en vous. Ne laissez pas les doutes des autres vous faire douter de vous-même. Vous serez confrontées à des défis dans cette carrière et je connais le sentiment de vouloir abandonner quand les choses sont difficiles, mais vous devez continuer à vous battre et à persévérer. Vous êtes l'avenir et vous aurez des petites filles qui vous regarderont pour les représenter dans ce domaine. Portez votre uniforme avec fierté. Étudiez toujours avec assiduité et ne croyez pas ceux qui vous disent que vous en êtes incapable.


Kendra Kincade est la fondatrice et la directrice d'Elevate Aviation, une association à but non lucratif qui incite les jeunes à faire carrière dans l'aviation.

Voir l'article dans le magazine Wings.